PMA/Conférence Istanbul
4e Sommet des PMA à Istanbul: Haiti face à de grands défis
Haïti est l’unique pays du continent américain à faire partie du groupe des Pays les moins avancées (PMA).
Le Matin / 2011-06-06 10:24:36
Haïti est l’unique pays du continent américain à faire partie du groupe des Pays les moins avancées (PMA). Ils sont au nombre de 48 pays au total, dont 33 en Afrique et 14 en Asie. Trois critères permettent de les définir: revenu par habitant inférieur à 900 dollars ; retard dans le développement humain ; et forte vulnérabilité économique. Ce dernier critère est plutôt composite puisqu’il intègre des paramètres géographiques. Le fait qu’un pays soit une île, petit ou enclavé, peut constituer un handicap à son essor économique.
Les défis à relever par Haïti pour graduer et sortir de l’engrenage du mal développement sont immenses. Ces défis ne sont pas pour autant impossibles. Dans les deux prochaines années, cinq pays sortiront du cercle des PMA. Ils sont trois dans le Pacifique et deux - Guinée équatoriale et Angola - du continent africain. Il s’agit de se mettre au travail inlassablement, de bien mesurer l’ampleur de la tâche et de situer l’homme au centre des initiatives. Comme on tendrait à le croire, une forte croissance économique ne suffira pas. Des pays, ayant enregistré une croissance soutenue de l’ordre de 6%, sont toujours considérés comme des PMA puisqu’ils n’ont pas su traduire l’embellie économique en avancées sociales au profit des populations vulnérables. Vu sous cet angle, le décollage d’un pays s’évalue surtout à partir de l’amélioration substantielle des conditions d’existence des couches faibles et démunies.
C’est ici que les choses se corsent pour Haïti. Avec un taux de croissance quasi nul, une nette détérioration des conditions de vie et une infrastructure sanitaire défaillante, nous ne sommes pas près de nous dépouiller du statut embarrassant de l’unique PMA des Amériques. Comme nous l’a confié à Istanbul, lors d’un échange à bâtons rompus sur Haïti, l’impressionnant Haut Représentant des Nations unies pour les PMA, le Malien Cheick Sidi Diarra, ce n’est point par l’assistanat qu’Haïti sortira de son état actuel de pays en retard sur tous les indices de développement. La priorité pour Haïti, à ce stade de développement, est la mise sur pied d’un système d’alerte précoce pour la gestion efficace des catastrophes naturelles. La graduation de ce pays à un stade supérieur de développement passera forcément par les échanges commerciaux, la dynamisation de l’appareil productif et, surtout, par les investissements directs étrangers. M. Diarra a beaucoup insisté sur le renforcement des capacités productives internes, la sécurité alimentaire et l’amélioration des infrastructures de base pour attirer les investissements étrangers et faciliter les transferts de technologie. Il faudra également développer des circuits de coopération Sud-Sud et renforcer les liens existants.
Le message à des pays démesurément assistés comme Haïti, c’est que le développent ne saurait être induit de l’extérieur. Il doit être assumé et intériorisé de l’intérieur. Les élites locales doivent se l’approprier et assumer le leadership dans la détermination des priorités. Si l’État doit créer les conditions propices à l’investissement, le secteur privé a, pour sa part, un rôle moteur à jouer. Il faut instituer un environnement fiscal et juridique qui encourage l’investissement privé, garantit et protège le droit de propriété. Une belle feuille de route pour l’équipe de Martelly qui parle d’éducation des jeunes et de création d’emploi. La jeunesse de la population d’Haïti est, d’ailleurs, un avantage, un atout pour le développement, comme c’est le cas pour l’ensemble des PMA où 70% de la population n’a pas plus de 30 ans.
La 4e Conférence des Nations unies sur les PMA, tenue à Istanbul en Turquie du 9 au 13 mai, a débouché sur l’adoption d’un Plan d’Action pour la prochaine décennie et d’une Déclaration politique dite d’Istanbul. Des représentants de la société civile venus des 48 PMA se disent insatisfaits et y voient un plan creux, hypocrite et sans grands engagements des pays riches en faveur des pauvres. Les altermondialistes de la trempe de Camille Chalmers de la Papda ont fait entendre leurs voix là-bas… et fort. Il reste que le développement d’un pays n’est pas seulement l’affaire de ceux-là qui sont en guerre contre « l’ordre capitaliste mondial ». C’est aussi et surtout l’affaire d’hommes d’État, de visionnaires, de réformateurs et d’entrepreneurs qui savent maîtriser les contraintes de cet ordre vu comme injuste pour engager résolument leur pays sur la voie du développement. Les élites politiques, économiques et sociales d’Haïti sont attendues au pied mur. Rendez-vous 2020.
* Daly valet était un invité spécial à la Conférence d’Istanbul.
Daly Valet*
PMA / Développement durable
En quoi la croissance démographique retarde-t-elle les PMA ?
Croissance démographique et développement : voilà un thème de préoccupation première dans les Pays les moins avancés (PMA), mais auquel cependant Haïti semble peu d’importance.
Le Matin / 2011-06-06 10:49:48
Dire que la croissance démographique influence, d’une quelconque manière, le développement économique d’un pays reste une question d’approche. Ce sujet, qui a toujours fait l’objet de nombreuses discussions, devrait être au centre de la politique gouvernementale de tous les pays, particulièrement ceux classés comme moins avancés, à en croire Dieutès Démosthène, président de l’Association nationale des spécialistes en population et développement (ANASPOD). M. Démosthène estime que « la croissance démographique peut être à la fois une bonne ou une mauvaise chose, dépendamment de la capacité du pays à en profiter ». Les arguments du président de l’Anaspod sont simples : « Chaque naissance a un coup pour un pays. Il faut nourrir le nouveau-né, le mettre à l’école. Donc, cela suppose une préparation de la part du parent, mais aussi de l’Etat ». Et M. Démosthène croit que , dans le cas contraire, ce nouveau-né deviendra une charge morte pour l’Etat, consommant des biens sans être en mesure de participer à leur production.
Vu l’incapacité de l’Etat haïtien à répondre aux besoins les plus essentiels de ses citoyens, l’accroissement de sa population serait à coup sûr un frein pour son développement économique, croit le spécialiste en population et développement. Presque tous ses confrères s’accordent aussi à soutenir qu’une croissance démographique forte, avec, en parallèle, l’absence de structures de formation, entraînera une croissance économique faible. « Au fur et à mesure que ralentit la croissance démographique, les pays peuvent investir davantage dans l’éducation, les soins de santé, la création d’emplois et d’autres domaines dont les améliorations aident à relever les niveaux de vie. Puis, au fur et à mesure qu’augmentent les revenus individuels, l’épargne et les investissements, des ressources devenues plus abondantes peuvent servir à renforcer la productivité », analysent ces spécialistes.
Dans cette logique, Dieutès Démosthène recommande que l’Etat adopte des mesures planifiées à chaque fois que la population augmente. « Ces mesures peuvent tout aussi être la formation des gens pour le marché extérieur, comme l’intensification de sa politique de planning familial », croit-il.
La situation d’Haïti est particulièrement compliquée. La jeunesse de sa population contraint l’Etat à de lourds investissements. Selon Dieutès Démosthène, les données sur les variables démographiques en Haïti montrent que le pays affronte une multitude de défis en matière de population. Il cite en exemple : « La forte croissance démographique, soit 2.4% l’an, l’exode rural, le taux élevé de la mortalité infantile et maternelle, l’extrême pauvreté, l’expansion de la bidonvilisation, le taux élevé du chômage et la dégradation accélérée de l’environnement ».
Ces différents défis ne peuvent être relevés en dehors de la mise sur pied d’une institution compétente en matière de population qui aurait à définir, de manière explicite, la politique de population de l’Etat haïtien, souligne M Démosthène. « Avec cette politique de population, le pays jetterait la base de son développement. Car une telle politique renvoie à un ensemble de mesures cohérentes en vue de réaliser des objectifs de développement, à travers des programmes ou des actions susceptibles d’influer positivement sur la structure et la dynamique de population ainsi que sur les interrelations entre les variables démographiques et les autres variables du développement », dit-il.
L’Anaspod estime que la politique de population de l’Etat haïtien mérite de profonds changements dans son application. L’association rappelle que c’est le ministère de la Santé publique qui s’occupe de la population. Il faudrait créer un ministère de la Population et de l’Aménagement du territoire, ou encore mettre, sous le contrôle du ministère de la Planification, l’entité étatique qui s’occupe des questions de population.
La politique de l’Etat en matière de population engendre ou plutôt facilite l’urbanisation des plaines fertiles. Il est impératif pour l’Etat haïtien de conjurer cette faiblesse avant qu’il ne soit trop tard, recommande l’Anaspod. Dans une lettre ouverte adressée au président de la république Michel Joseph Martelly à la fin du mois de mai, cette association propose la création d’une Secrétairerie d’Etat à la Population placée sous la tutelle du ministère de la Planification et de la Coopération externe (MPCE) et chargée de coordonner le Réseau national en Population et Développement (RNPD), un mécanisme interinstitutionnel regroupant des institutions tant du secteur public, du secteur privé que de l’international.
En plus de cette structure, l’Anaspod préconise la mise en place d’une Commission nationale de la Population et du Développement, placée sous la tutelle directe du Premier ministre, avec son siège à la Primature. Cette commission aura une vision plus macro et sera une autorité institutionnelle stratégique. « Le secrétaire permanent de cette Commission à compétence transversale aura rang de directeur général qui peut être introduit au débat du Conseil des ministres par le Premier ministre lorsque c’est nécessaire ».
Si les spécialistes admettent que l’Etat doit contrôler la croissance de sa population, ils ne soutiennent pas, malgré tout que la croissance démographique constitue un obstacle au développement économique d’un pays. « Au contraire, si les gens sont bien formés, ils peuvent être un bonus pour le pays », affirment-ils.
Voir aussi: Population et développement, un débat vieux de plusieurs siècles
Patrick Réma
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