PMA/Conférence Istanbul
Une décennie à se préparer...
La Conférence des Nations-unies sur le commerce et le développement (CNUCED) , qui s’est tenue, l’année dernière, à Genève, autour d’une nouvelle architecture internationale du développement pour les Pays moins avancés (PMA), a abouti à un ensemble de stratégies d’allègement de la situation de ces pays. Ainsi, le rapport 2010 a conclu à une relecture de la crise économique et financière, tout en insistant sur le besoin et l’urgence de « rompre avec le passé » et d’encourager une expansion mondiale plus stationnaire et plus loyale pour mieux faire face à la décennie à venir.
Le Matin / 2011-06-06 11:38:55
Sept points constituent l’essentiel de ce rapport planifié par un groupe spécial d’experts sur des « mécanismes internationaux d’appui pour surmonter la crise dans les pays les moins avancés », qui s’est réuni à Genève les 3 et 4 décembre 2009.
Du cycle expansion-récession dans les PMA
Le rapport 2010 sur les Pays moins avancés aborde d’abord la crise financière mondiale et le cycle expansion-récession récent dans ces PMA. Il statue sur des situations réelles de pauvreté pour asseoir des jugements de valeur sur la crise économique dans les PMA et son impact sur l’économie mondiale. Ainsi, les travaux ont révélé que cette dernière a été « déstabilisée ces trois dernières années par l’éclatement de la « superbulle » financière, avec une contraction de 2,2% de la production mondiale en 2009 ».
Ce travail d’expertise relate encore que, dans les PMA, « la crise économique aurait fait basculer dans l’extrême pauvreté 9.5 millions de personnes de plus que s’il n’y avait pas eu de crise ». Cependant, la situation semble dynamique à d’autres niveaux. Ainsi, les études menées au début des années 2000 ont montré que les investissements dans les PMA en tant que groupe « ont progressé, passant de 19,5% du PIB au début de la décennie à 23,2% en 2008 ». Néanmoins, à l’exception des pays exportateurs de pétrole, « l’épargne intérieure est restée constamment très faible, à environ 10% du PIB ».
De l’efficacité des mesures internationales d’appui aux PMA
L’efficacité des mesures internationales d’appui aux PMA a été mise à part. Le groupe a seulement sélectionné huit mesures qui représentent les cas les plus concrets d’action en faveur des PMA. Ce sont : 1) les objectifs d’aide aux PMA de 0,15 ou 0,20 % du Revenu national brut (RNB) des donateurs, 2) la recommandation de 2001 du Comité d’aide au développement (CAD) de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) concernant le déliement de l’aide aux PMA, 3) l’attention spéciale à accorder aux PMA candidats à l’accession à l’OMC, 4) le traitement spécial et différencié accordé aux PMA dans les accords de l’OMC.
D’autres résolutions viennent s’ajouter aux quatre premières: 1) l’accès préférentiel aux marchés pour les PMA, 2) l’article 66.2 de l’accord sur les Aspects des droits de la propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC) concernant le transfert de technologie vers les PMA, 3) le cadre intégré pour l’assistance technique liée commerce, auquel a succédé le cadre intégré renforcé et, 4) le Fonds pour les PMA créé aux fins de la mise en œuvre du programme de travail de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC).
Contours d’une nouvelle architecture internationale de développement
Le rapport 2010 sur les Pays moins avancés étudie la possibilité d’une nouvelle architecture qui consistera en « un nouvel ensemble d’institutions, de règles et de normes officielles et non officielles qui façonneraient des relations économiques internationales propres à favoriser un développement soutenu et équitable dans les PMA ». Cette nouvelle architecture aura pour objectifs de mettre fin à la marginalisation des PMA dans l’économie mondiale et d’appuyer leurs efforts de rattrapage, contribuer à une croissance économique accélérée et soutenue qui améliore les conditions de vie générales de l’ensemble de la population des PMA et aider ces pays à sortir de la catégorie des PMA. Et pour que cette disposition soit vraiment efficace, il faut qu’elle s’inscrive dans un plus vaste ensemble « de réformes systémiques qui permettraient de surmonter la crise financière et la récession mondiale, et qui seraient bénéfiques pour tous les pays tant développés qu’en développement ».
La décennie à venir et un programme d’actions
Dans ce rapport, les experts essayent d’établir une série de facteurs nouveaux qui agiront sur les perspectives du développement et de la réduction de la pauvreté dans les PMA. Et les deux plus dominants sont les changements climatiques et l’intensification des relations économiques entre les PMA et les autres pays en développement. Pour palier l’influence de ces nouveaux préceptes, le groupe de chercheurs a réfléchi sur quatre types différents de politique que devraient choisir les PMA : « l’accélération de la croissance des dépenses publiques, l’accélération des investissements d’infrastructure, l’expansion et la diversification des exportations et la promotion d’une dynamique exportations-investissements ».
Financement et commerce
« Le financement est le plus fondamental des cinq grands éléments de la nouvelle architecture », souligne le chapitre cinq de ce rapport. L’accumulation de capital est placée au cœur du processus de croissance et est, selon les études, étroitement liée au progrès technologique et à la transformation structurelle. D’un autre côté, il est naturel que le commerce international soit envisagé, car d’une étendue vitalité pour le développement et pour la réduction de la pauvreté dans les PMA. A ce niveau, le rapport invite les membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à adopter « une règle pour que le processus d’accession des PMA soit mené à bien dans le plus bref délai ».
Produits de base et technologie
Comment combler tout le vide qui existe en termes de mécanismes de financement compensatoire, alors que ces mécanismes sont les seuls à pouvoir, à coup sûr, permettre « des décaissements de l’aide rapides, assortis d’une faible conditionnalité pour aider – les PMA et les autres pays à faibles revenus – à gérer les chocs liés au prix des produits de base ? Ce problème est abordé dans ses moindres détails et a conduit les experts à d’autres conclusions sur les prix des produits de base, lesquels constituent « un problème de développement majeur pour les pays tributaires de ces produits, en particulier les PMA ».
Et, répondant de façon directe à la question liée au développement de la technologie, le rapport informe qu’« il n’existe pas encore de cadre mondial pour les questions de technologie, qui traiterait de manière équilibrée la propriété intellectuelle, le transfert de technologie et la fracture mondiale croissante en termes de connaissance ».
Changements climatiques et coopération Sud-Sud
Alors que la question des changements climatiques domine les débats un peu partout sur la planète et que, de plus en plus, des rapports scientifiques montrent que ces changements se produisent de façon plus rapide que prévu, la conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) s’est arrêtée sur le traitement de deux aspects importants de la question : le financement de l’adaptation aux changements climatiques et celui de l’atténuation de leurs effets. Les intervenants ont cependant admis que cette solde devra « reposer sur cinq principes fondamentaux :1) l’équité et la conformité avec le régime mondial relatif au climat, 2) une gouvernance responsable, transparente et représentative, 3) la cohérence des politiques avec les régimes de commerce et de finance internationaux et les stratégies nationales de développement, 4) la durabilité et la prévisibilité du financement ; et 5) des mécanismes efficaces de partage du fardeau ».
Et, surtout, ne jamais oublier que la coopération Sud-Sud reste déterminante dans l’orientation des PMA durant la décennie à venir. En effet, dans le rapport, il est noté que les PMA ne pourront pas tirer parti d’une intégration plus étroite avec leurs partenaires au sein d’accords commerciaux régionaux et avec leurs principaux partenaires commerciaux en développement s’il n’existe pas « un programme dynamique, composé de stratégies, d’initiatives et de mécanismes internationaux d’appui dans le cadre de la nouvelle architecture internationale du développement qui est proposée ».
Jean Emmanuel Jacquet
jacquetvre@yahoo.fr